La sortie de L’Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan, prévue le 15 juillet dans les salles marocaines, s’annonce comme l’un des événements cinématographiques majeurs de la décennie. Adaptation ambitieuse de l’épopée d’Homère, portée par une distribution prestigieuse réunissant notamment Matt Damon, Zendaya, Anne Hathaway, Charlize Theron et Robert Pattinson, cette superproduction bénéficie d’un budget estimé à près de 250 millions de dollars. Tourné entre le Maroc, la Sicile, la Grèce et le Royaume-Uni, le film promet une exposition mondiale à Dakhla, où une partie des scènes a été réalisée. Un choix qui dépasse le simple cadre artistique et confère à cette destination une visibilité internationale exceptionnelle.
Cette exposition mondiale n’a pourtant pas tardé à susciter la controverse. Avant même sa sortie, le film fait l’objet d’une campagne de boycott lancée par FiSahara, un festival organisé à Tindouf, en Algérie. Les organisateurs reprochent à Christopher Nolan d’avoir réalisé une partie du tournage à Dakhla et appellent le public à boycotter le long métrage.
Cette campagne de boycott serait vraisemblablement restée d’une portée limitée sans sa reprise par plusieurs médias étrangers. Le site du Figaro, notamment, a relayé cette campagne, contribuant à offrir à cette initiative une visibilité sans commune mesure avec celle de son initiateur. Cette séquence illustre la manière dont une initiative portée par un acteur de taille modeste peut rapidement acquérir un retentissement international lorsqu’elle est reprise par des médias de premier plan.
Les organisateurs du boycott présentent le tournage de L’Odyssée à Dakhla comme une adhésion à la position marocaine et le comparent à des productions réalisées dans des zones de conflit. Ce parallèle apparaît pour le moins absurde. Si Christopher Nolan a choisi Dakhla, c’est avant tout pour la qualité de ses paysages, ses atouts naturels, les exigences artistiques et techniques de sa production, ainsi que les infrastructures mises à la disposition des grandes productions internationales, et non pour délivrer un quelconque message politique.
Au-delà de la polémique, cette séquence met surtout en lumière la passivité des autorités marocaines face à une campagne de boycott visant une une œuvre appelée à marquer durablement le cinéma contemporain. Le choix de Dakhla par Christopher Nolan dépasse largement le cadre d’un simple tournage : il constitue, pour le Maroc, une vitrine internationale et une opportunité exceptionnelle de rayonnement culturel, touristique et économique, qui aurait mérité une communication officielle plus réactive.
En l’absence d’une réponse institutionnelle rapide, les promoteurs du boycott ont occupé l’espace médiatique et imposé leur lecture des événements dans plusieurs médias étrangers. Une prise de parole officielle rappelant les raisons du choix de Dakhla par la production, les atouts qui ont conduit une superproduction hollywoodienne de cette ampleur à s’y installer et la dynamique de développement que connaît la région aurait permis de rééquilibrer le débat et d’éviter que la polémique ne soit largement véhiculée sous ce prisme erroné.
L’enseignement de cette séquence dépasse toutefois le seul cas de L’Odyssée. Attirer les plus grandes productions internationales ne peut se limiter à offrir des décors d’exception et des infrastructures de qualité. Une telle stratégie suppose également un accompagnement institutionnel et une communication rigoureuse avant, pendant et après les tournages, afin de valoriser pleinement ces projets et de prévenir les campagnes de dénigrement susceptibles d’en détourner la portée. Si le Maroc entend consolider durablement sa place parmi les grandes destinations du cinéma mondial, cette dimension communicationnelle devra désormais constituer un pilier à part entière de sa stratégie d’attractivité.