Les répercussions des tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz continuent d’exercer une pression croissante sur le système de santé marocain. Alors que les ruptures de stock touchent un nombre grandissant de médicaments et de fournitures médicales essentielles, les laboratoires d’analyses sont confrontés à une crise d’une ampleur inédite, alimentée par la flambée des prix des réactifs et les retards persistants de leur acheminement.
Selon des informations recueillies par Al3omk, les pharmacies marocaines ont constaté, au cours des dernières semaines, une aggravation des pénuries de médicaments et de consommables médicaux. Cette situation découle des profondes perturbations qui affectent le transport maritime international et retardent l’arrivée des cargaisons en provenance de l’étranger. Une vulnérabilité d’autant plus marquée que l’industrie pharmaceutique nationale demeure largement tributaire des importations de principes actifs en provenance de Chine et d’Inde.
Les mêmes sources indiquent que plusieurs compagnies maritimes ont été contraintes de modifier leurs itinéraires habituels sous l’effet des tensions sécuritaires dans la région. Ce bouleversement logistique s’est traduit par un allongement significatif des délais d’acheminement et une envolée des coûts de transport, avec des répercussions directes sur le rythme de production des médicaments au Maroc et sur la disponibilité des produits importés sur le marché national.
Les conséquences de cette crise s’étendent également à l’ophtalmologie. Une spécialiste du secteur fait état d’une rupture de stock de la fluorescéine injectable, un produit indispensable à l’angiographie rétinienne et au diagnostic de nombreuses pathologies oculaires. Elle signale également une pénurie marquée de plusieurs pommades ophtalmiques, qu’elles soient destinées au traitement ou à la prévention, notamment Sterdex et Tobradex, largement utilisées contre les infections et inflammations bactériennes de l’œil.
La situation est tout aussi préoccupante dans les laboratoires d’analyses médicales, dont les professionnels décrivent un contexte « critique » après l’épuisement des stocks de réactifs indispensables à la réalisation des examens quotidiens. Afin d’assurer la continuité des prestations, certains établissements ont dû s’approvisionner à des tarifs atteignant jusqu’à dix fois les prix habituels, selon des professionnels interrogés par Al3omk.
Un acteur du secteur explique que les laboratoires sont désormais confrontés à une équation particulièrement délicate : poursuivre leur activité malgré l’explosion des coûts des réactifs, ou suspendre certaines analyses faute de produits indispensables. Il rappelle que les tarifs des analyses médicales sont encadrés par la réglementation et ne peuvent être révisés pour absorber ces surcoûts, obligeant ainsi les laboratoires à supporter seuls l’intégralité des pertes.
Les laboratoires mettent en garde contre une aggravation de la situation en l’absence d’une intervention rapide des pouvoirs publics visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à garantir la disponibilité des produits médicaux essentiels. À défaut, préviennent-ils, de nombreux laboratoires, notamment les structures de petite et moyenne taille, pourraient voir leur activité sérieusement compromise, au détriment de l’accès des citoyens aux soins de santé essentiels.
Ces difficultés ne se limitent pas au Maroc. Plusieurs médias européens alertent à leur tour sur le risque de pénuries de médicaments si les tensions dans le détroit d’Ormuz devaient perdurer, dans un contexte de renchérissement des produits pétrochimiques. La presse française estime notamment que les médicaments génériques, en particulier le paracétamol et les antibiotiques, figurent parmi les plus exposés, leur fabrication reposant largement sur des matières premières issues de l’industrie pétrochimique.
En Allemagne, la présidente de l’Association allemande des pharmaciens, Dorothea Brakmann, a également mis en garde contre un risque accru de pénuries de médicaments lié aux conséquences du conflit avec l’Iran. Elle souligne que la fabrication de nombreux médicaments, tout comme celle des matériaux de conditionnement, dépend de matières premières provenant de cette région. Elle avertit en outre qu’une éventuelle pénurie d’hélium pourrait ralentir certaines étapes de production, tandis que la hausse des coûts du transport et des matières premières accentue davantage les tensions qui pèsent sur les chaînes mondiales d’approvisionnement pharmaceutique.