Finances publiques : déficit en recul, croissance revue à la hausse… ce que révèle réellement le cadrage budgétaire 2027-2029

Jamal AMDOURI
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Le cadrage budgétaire 2027-2029 présenté par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, dépasse largement le traditionnel exercice annuel de programmation des finances publiques. À quelques semaines des élections législatives, il constitue le dernier document de référence de lactuelle majorité pour défendre son bilan économique tout en fixant la trajectoire budgétaire des trois prochaines années. Le message est clair : malgré un environnement international toujours marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et la volatilité persistante des marchés de l’énergie, les principaux indicateurs macroéconomiques évoluent dans une direction favorable. Croissance plus robuste quanticipé, inflation sous contrôle, déficit budgétaire en recul et dette appelée à refluer progressivement : le gouvernement estime disposer aujourdhui de marges de manœuvre plus importantes quau moment de l’élaboration de la loi de finances 2026.

La principale évolution concerne la croissance économique. Alors que les hypothèses retenues en début dannée se voulaient prudentes, lExécutif a relevé sa prévision de 0,7 point pour tabler désormais sur une progression du produit intérieur brut de 5,3 % en 2026. Cette révision traduit une dynamique plus favorable quattendu de plusieurs moteurs de l’économie. Le redressement progressif de la campagne agricole après plusieurs années de sécheresse, la résilience des secteurs non agricoles, notamment lindustrie automobile, laéronautique et les services, ainsi que le maintien dun niveau élevé dinvestissements publics expliquent en grande partie cette amélioration. Les hypothèses retenues pour la programmation 2027-2029 reposent dailleurs sur un scénario relativement favorable, avec une récolte céréalière moyenne de 70 millions de quintaux, un baril de pétrole autour de 70 dollars, un prix du gaz butane proche de 500 dollars la tonne et une inflation stabilisée autour de 2 %.

Lamélioration des perspectives de croissance se reflète directement dans les comptes publics. À fin juin 2026, le déficit budgétaire s’établit à 24 milliards de dirhams, un niveau inférieur à celui observé un an auparavant. Plus significatif encore, le gouvernement confirme son objectif de ramener durablement le déficit à 3 % du PIB dès la clôture de lexercice 2026 et de maintenir cette cible jusquen 2029. Cette évolution repose sur la progression soutenue des recettes ordinaires, en hausse de plus de 15 %, portée par le dynamisme des recettes fiscales, mais aussi par une meilleure maîtrise des dépenses publiques. LExécutif cherche ainsi à démontrer quil est désormais possible de poursuivre les grands programmes dinvestissement, de financer la généralisation de la protection sociale et de préserver les équilibres budgétaires sans recourir à un endettement toujours plus important.

Cette stratégie saccompagne dune trajectoire de désendettement progressive. Le gouvernement prévoit de ramener le ratio de la dette du Trésor à 63 % du PIB à lhorizon 2029, un objectif particulièrement scruté par les agences de notation et les investisseurs internationaux. Au-delà du signal adressé aux marchés financiers, cette orientation traduit la volonté de préserver la soutenabilité des finances publiques alors que le Maroc poursuit simultanément plusieurs programmes dinvestissement de grande ampleur. Quil sagisse des infrastructures hydrauliques, de lextension du réseau ferroviaire, du développement portuaire, des projets liés à la Coupe du monde 2030, de la transition énergétique ou de la généralisation de la protection sociale, lenjeu consiste désormais à financer ces priorités sans fragiliser durablement les comptes de l’État.

Lamélioration des finances publiques sexplique également par la montée en puissance des réformes engagées depuis plusieurs années. Sans procéder à une augmentation généralisée de la pression fiscale, le gouvernement met en avant les premiers effets de la réforme du système fiscal, fondée sur l’élargissement de lassiette, la digitalisation de ladministration, le renforcement des mécanismes de contrôle et lamélioration du recouvrement. Cette évolution contribue à accroître le rendement des principaux impôts tout en limitant la dépendance de l’État au financement par la dette. Pour les partenaires économiques du Royaume, cette capacité à mobiliser davantage de recettes constitue un indicateur de plus en plus déterminant dans l’évaluation de la crédibilité de la politique budgétaire.

Le cadrage budgétaire met également en avant la solidité relative des équilibres extérieurs. Les exportations poursuivent leur progression, soutenues principalement par les performances de lindustrie automobile et de laéronautique, tandis que les recettes touristiques et les transferts des Marocains résidant à l’étranger continuent de jouer un rôle essentiel dans le financement de l’économie nationale. Dans le même temps, le reflux marqué de linflation, revenue à des niveaux historiquement faibles au premier semestre 2026, contribue à restaurer progressivement le pouvoir dachat des ménages et offre à Bank Al-Maghrib un environnement plus favorable à la conduite de sa politique monétaire.

Pour autant, cette trajectoire demeure largement conditionnée par des facteurs qui échappent au contrôle du gouvernement. Une nouvelle campagne agricole décevante, une remontée durable des cours des matières premières, une aggravation des tensions géopolitiques ou un ralentissement plus prononcé de l’économie mondiale pourraient rapidement remettre en cause les hypothèses qui sous-tendent ce scénario. Les ambitions affichées reposent ainsi sur un environnement international relativement stable, dont l’évolution reste particulièrement difficile à anticiper.

Au-delà de sa dimension comptable, ce cadrage budgétaire constitue également un exercice de crédibilisation économique. Il vise à convaincre les investisseurs, les institutions financières internationales et les agences de notation que le Maroc est désormais engagé dans une phase de consolidation de ses finances publiques sans renoncer aux investissements structurants qui doivent accompagner sa transformation économique. Le véritable test interviendra toutefois avec le projet de loi de finances 2027. Cest à travers les arbitrages budgétaires qui y seront opérés que pourra être mesurée la capacité du Royaume à concilier durablement discipline budgétaire, soutien à la croissance et poursuite des réformes sociales dans un contexte international qui demeure, malgré lamélioration des indicateurs, profondément incertain.

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